La très grande majorité des scientifiques le dit : pour éviter un emballement climatique d’ici 2100, 85% des réserves d’énergie fossiles doivent rester dans le sol. À cette évocation, nombreux sont ceux qui prennent peur et pensent que notre monde s'effondrerait si nous abandonnions ces dernières trop rapidement. Et pourtant ...Les alternatives aux énergies fossiles existent déjà. Elles sont nombreuses et diversifiées. Découvrez les ici avec nous.

Énergie renouvelable

« La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent. » — Albert Einstein

Un peu partout sur la planète, les énergies renouvelables gagnent en popularité. Les solutions pour se libérer du pétrole existent, dont certaines qui pourraient être mises en place rapidement. Vous trouverez ici plusieurs technologies d’énergie renouvelable déjà disponibles.

Cependant, l’énergie la plus efficace est, avant tout, celle qu’on ne consomme pas. C’est pourquoi, dans le cadre d’une véritable transition énergétique, il ne s’agit pas simplement de remplacer une source d’énergie par une autre, mais avant tout de faire preuve de sobriété énergétique. En d’autres mots, il faut consommer moins.

De plus, les énergies renouvelables sont, sauf l’hydroélectricité, décentralisées, c’est-à-dire qu’elles sont gérées de façon locale, plutôt que dans un centre unique. Existe-t-il une action plus locale que d’isoler sa maison? Peut-on imaginer de meilleures manières de réduire le transport d’énergie dans des bateaux, des pipelines et des lignes à haute tension qu’en développant des bâtiments chauffés par la chaleur récupérée de l’usine d’épuration de la ville, des panneaux solaires, l’énergie provenant du sol ou une éolienne communautaire? En effet, contrairement aux projets pétroliers qui impliquent que des multinationales vendent leurs produits à une clientèle captive, les énergies renouvelables ouvrent la voie, pour la plupart, à une foule de projets créateurs d’emplois coopératifs, locaux et propres.

Fait intéressant, les technologies vertes sont toutes plus créatrices d’emplois par unité monétaire investie que les dépenses dans le pétrole et le gaz.

L’efficacité énergétique

Un appareil énergétiquement efficace consomme moins d’énergie pour arriver au même résultat qu’un appareil ordinaire. On peut donner l’exemple de trois maisons bien isolées qui peuvent consommer aussi peu qu’une maison de même taille mal isolée. Les gens intéressés à rénover leur maison peuvent profiter du programme Rénoclimat, une initiative du Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec. On peut profiter à faible coût d’une inspection puis d’un cahier de suggestions pour guider les améliorations les plus pertinentes à effectuer dans sa demeure.

La valorisation de la matière organique

La matière organique que nous générons (provenant par exemple des toilettes, des matières compostables ou des lisiers de fermes animales) peut être utilisée pour créer du biométhane (ou biogaz). Ce combustible peut être utilisé comme carburant pour des véhicules municipaux, être distribué dans des stations-service ou encore être brûlé pour produire de la chaleur ou de l’électricité. Par ailleurs, le compost permet de ne pas avoir recours aux engrais chimiques dans les champs ou les pépinières… Un engrais qui autrement proviendrait de l’industrie pétrolière.

La plupart des municipalités pourraient suivre l’exemple de Saint-Hyacinthe qui alimente ses véhicules municipaux grâce à son biométhane et vend ses surplus au réseau de gaz naturel. Ou encore, l’exemple de Rivière-du-Loup qui a diminué la quantité d’ordures envoyées à ses sites d’enfouissement grâce à la transformation des déchets organiques en compost et en biogaz.

La géothermie

La géothermie est un procédé relativement simple : un forage est effectué dans le sol près d’un bâtiment, dans lequel on insère un tuyau permettant de transporter un liquide du sol au bâtiment. Une thermopompe transforme la chaleur du liquide (7 à 10 °C) en chauffage en hiver. Il s’agit d’une méthode plus efficace que d’utiliser l’air extérieur, dont la température peut atteindre 30 °C sous zéro. De cette manière, la géothermie nécessite près de 70 % moins d’électricité qu’un système de chauffage électrique. De plus, lors de la climatisation en été, la fraîcheur du sol permet de climatiser un bâtiment en utilisant très peu d’électricité.

Selon la Coalition Canadienne de l’Énergie Géothermique, chaque résidence convertissant son chauffage de l’électricité à la géothermie libère assez d’électricité annuellement pour charger plusieurs voitures électriques parcourant chacune 20 000 km.

Les éoliennes

Les éoliennes utilisent le vent pour produire de l’électricité. Autrefois, on a employé régulièrement cette technologie pour moudre le grain servant à faire du pain.

De nos jours, les administrateurs du réseau électrique peuvent prévoir de lentes augmentations ou réductions de cette production d'énergie et ajuster la production des autres formes d'énergie électrique (comme celle des réservoirs hydroélectriques) en conséquence. On peut voir ces variations dans le temps sur le site du réseau espagnol par exemple.

La puissance produite par les éoliennes est donc variable mais relativement facile à gérer. En décembre 2013, les vents ont produit à un moment au Danemark plus d’énergie éolienne que la demande électrique du pays, obligeant le Danemark à exporter ses excédents. Un événement sans heurts dont les Danois peuvent être fiers.

Le solaire photovoltaïque

Les panneaux photovoltaïques produisent de l’électricité à partir de l’énergie solaire. Leur coût baisse d’année en année, atteignant maintenant une compétitivité avec les énergies fossiles, même au Canada : en 2016, on parle de moins de 2 $ du watt de puissance. Le seul frein au Québec pour cette technologie est le manque d’expertise dans l’installation, qui crée une rareté et augmente le coût de mise en place.

Le solaire passif

Le soleil est plus près de l’horizon en hiver. Ses rayons presque perpendiculaires aux fenêtres placées au sud pénètrent ainsi profondément dans les maisons pour les réchauffer. En été, le soleil est haut et un simple débord de toit permet d’éviter la surchauffe.

De plus en plus de gens comprennent les gains solaires importants qu’un bâtiment peut faire, simplement en orientant, au moment de la construction, la plupart des fenêtres au sud et en adaptant la configuration des pièces en conséquence. Une maison solaire passive n’a presque aucune fenêtre au nord. De plus en plus d’architectes et d’entrepreneurs les proposent maintenant à leurs clients.

Le solaire thermique actif

Il existe plusieurs technologies solaires actives permettant de capter, transporter et stocker la chaleur du soleil dans un bâtiment. Il peut s’agir de mur solaire qui permet de faire entrer l’air chauffé par le soleil en plein jour.

Il est avantageux de combiner le soleil et les masses thermiques dans un bâtiment pour chauffer le soir avec la chaleur accumulée pendant le jour.

On peut aussi installer des capteurs solaires thermiques qui permettent de préchauffer l’eau chaude domestique.

Ces technologies peuvent sembler nouvelles, mais dans bien des pays, une part significative des ménages les utilise déjà.

L’hydroélectricité

Le Québec est doté d’un territoire exceptionnel pour produire de l’hydroélectricité. Plus de 95 % de son électricité provient de cette source d’énergie. Les surplus électriques du Québec sont déjà très élevés et pourraient alimenter des millions de voitures électriques ou de nombreux projets de transport électrique de passagers ou de marchandise.

Par contre, les impacts de la création de réservoirs hydroélectriques sur les écosystèmes sont bien réels. Il est donc préférable de limiter les nouveaux projets. De toute manière, plusieurs rapports affirment que les rivières non exploitées sont bien moins propices aux projets hydroélectriques que les rivières que nous avons déjà utilisées. Les coûts des nouveaux projets sont autant élevés, voire plus, que les autres énergies renouvelables. L’ère des projets hydroélectriques à faibles coûts est révolue.

Les installations existantes doivent donc être utilisées efficacement. Il faut voir les réservoirs hydroélectriques comme d’immenses accumulateurs qui permettent une souplesse dans l’installation et l’utilisation des autres formes d’énergie renouvelable.

Modes de vie

« Le bonheur, c'est lorsque ce que tu penses, ce que dis et ce que tu fais sont en harmonie. » — Mahatma Gandhi

Nos sociétés occidentales fonctionnent en bonne partie d’une manière non viable. Le pétrole est au coeur des transports et des matières plastiques utilisées dans les appareils, les textiles et l’agriculture. Il pollue et sa combustion contribue à dérégler le climat. La publicité nous incite trop souvent à consommer davantage sans nous demander ce qui arrivera quand l’objet sera jeté à la poubelle.

Il est possible de revoir parmi nos manières de vivre, celles qui sont les moins viables, d’encourager des modes de vie sains et de décourager la surconsommation de plaisirs jetables, par exemple en échangeant des services entre voisins ou encore en découvrant les différentes formes d'économie collaborative existantes au Québec. Nous pouvons tous contribuer à l’effort collectif, car ce sont des petits changements qui, multipliés à une grande échelle, auront un effet important.

Changer nos habitudes

Recycler et réparer plutôt que de jeter, favoriser le transport collectif et le covoiturage, ou emménager dans une résidence composée du nombre de pièces réellement utilisées plutôt que d'arrêter son choix sur une grande maison nécessairement plus énergivore, sont toutes des possibilités tendant vers un autre mode de vie. Il s’agit d’introduire une réflexion par rapport à nos besoins réels et l’impact de nos choix sur notre environnement. Au-delà du poids de nos gestes individuels, on retrouve celui des changements collectifs pour favoriser des modes de vie durables, bénéfiques pour l’ensemble d’une collectivité. Par exemple, s’associer avec des gens de votre quartier pour demander à l’épicerie du coin de s’approvisionner en légumes des producteurs de la région. Ou rencontrer les autorités locales pour développer une piste cyclable, davantage de trajets d’autobus ou des jardins communautaires dans les environs.

Ces changements ont des impacts positifs non seulement pour l’environnement, mais aussi pour ceux qui les adoptent. Dans notre vie quotidienne, par exemple, le transport actif n’est pas seulement avantageux pour limiter les gaz à effet de serre (GES). Chacun gagne à faire travailler son cœur et ses muscles pour une bonne santé physique et mentale. L’éducation et la sensibilisation sont donc primordiales pour modifier nos habitudes. En ce sens, le New Economics Foundation (NEF) propose un ensemble d'actions pour améliorer le bien-être personnel (cliquer sur Télécharger), rendu possible grâce à un changement de nos habitudes de vie et à notre lien avec notre entourage et notre communauté. Comme le rappelle le groupe de travail du Programme des Nations Unies pour l’environnement, « les modes de vie durables doivent être assortis d'un message positif. Il faut mettre l'accent sur ce que l'on peut gagner à les mettre en œuvre et non sur les renoncements nécessaires. »

Bien-être

Nic Marks, créateur du Happy Planet Index (Indice de planète heureuse), indique que « personne ne veut arrêter le progrès humain ». Le but, selon lui, est plutôt d’augmenter le bien-être en utilisant le moins de ressources naturelles possible. Ayant développé l’Happy Planet Index pour comparer les pays, il souligne que depuis 1960, « notre bien-être a très peu augmenté alors que l’utilisation des ressources a explosé ». Une exception : le Costa Rica.

Selon Marks, le Costa Rica utilise le quart des ressources naturelles qu’utilise l’occident per capita. Près de 100 % de son électricité est de source renouvelable, son gouvernement s’étant engagé à être un pays carboneutre en 2021. Le pays a aboli son armée en 1949 et a beaucoup investi dans les programmes sociaux, la santé, l’éducation et le transport en commun. Son taux d’alphabétisation est très élevé et l’espérance de vie y est plus élevée qu’aux États-Unis. Pour égaler le Costa Rica, il faudrait décroître grandement notre utilisation de ressources naturelles sans décroître notre qualité de vie.

Les habitudes plus durables sont compatibles et grandement liées aux modes de vie qui encouragent le partage, l’entraide et la solidarité, tous des éléments essentiels au bonheur. Soyons l’exemple des changements que nous voulons voir dans ce monde et développons nos plaisirs contagieux durables dans une multitude de facettes de nos vies!

Ville et urbanisme

« Seules de puissantes civilisations peuvent commencer à agir sur la totalité de leur environnement à une échelle significative. » — Kevin Lynch dans L'image de la Cité (1960)

L’urbanisme peut être au cœur des problèmes environnementaux et sociaux comme au coeur des solutions dans les domaines suivants :

  • Les changements climatiques
  • L’efficacité énergétique et la réduction de la consommation des ressources
  • L’équilibre écologique et la protection de la biodiversité
  • La sécurité des personnes et des biens
  • La santé publique
  • L’attractivité, la compétitivité et l’efficience économique

L’urbanisme peut permettre aux humains de s’épanouir tout en réduisant leur utilisation des ressources naturelles. On peut difficilement séparer l’urbanisme du futur des solutions de transport, des énergies renouvelables et de notre rapport à la nourriture. Ces domaines sont intimement liés.

L’architecte danois Jan Gehl, primé à travers le monde, a récemment publié un livre intitulé, dans sa version québécoise, Pour des villes à échelle humaine. Une de ses expressions favorites est fondamentale en urbanisme : « We shape cities, and they shape us » (« Nous façonnons des villes et celles-ci nous façonnent »). La firme de Jan Gehl a aidé de nombreuses grandes villes à modifier des portions de leur territoire pour les rendre plus humaines et moins comme ce qu’il qualifie lui-même de machines.

Gehl rappelle que l’urbanisme des cinquante dernières années a été problématique partout dans le monde. Ce n’est que récemment que les villes du monde entier ont commencé à penser à des villes « meilleures pour les gens ».

Étalement urbain, trop faible densité de population pour favoriser le transport collectif, rues mal orientées par rapport au soleil, absence de réseaux de chaleur pour chauffer les bâtiments l’hiver, manque d’arbres. Dans certains quartiers, les routes, les murs minéralisés et les toits de bitume sont si concentrés qu’ils créent des îlots de chaleur, obligeant une plus grande climatisation en été. De plus, rien de comestible n’y pousse, nous forçant à nous approvisionner en aliments provenant de très loin, ou au mieux des campagnes environnantes. Dans certains quartiers qu’on nomme déserts alimentaires, on peine même à faire ses provisions de nourriture sans voiture. Heureusement, comme le dit Gehl, les exemples d’urbanisme durable émergent de plus en plus dans le monde.

Milieux de vie en santé est un projet de verdissement à Québec qui pourrait être transposé dans plusieurs villes. Ce projet a pour but de réduire les îlots de chaleur grâce à la plantation d’arbres, la densification de la végétation, la réduction des espaces minéralisés, la gestion des eaux de pluie, l’utilisation de mobilier urbain de qualité et l’aménagement de plates-bandes comestibles. Sur le site internet de Milieux de vie en santé, plusieurs actions sont présentées pour les citoyens désirant y participer.

Certains quartiers de Montréal donnent aussi l’exemple avec des voies réservées aux autobus, des stationnements pour l’autopartage, la multiplication des marchés de fruits et légumes frais et locaux, des pistes cyclables et des mesures d’apaisement de la circulation, dont les trottoirs saillants qui sécurisent les piétons et la signalisation routière qui éloigne la circulation automobile des écoles.

Agriculture

« La planète terre est notre île à tous. Joignons nos forces pour la protéger. » — Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, 2014

Vous connaissez probablement les 3 R des matières résiduelles: Réduire, Réutiliser et Recycler. Les 3 N de la nourriture sont moins connus : Nu, Naturel, Non loin. Il est plus facile de faire des choix d’alimentation écologiques une fois les 3 N en tête.

1er N : Nu
Moins l’aliment est emballé et plus il est écologique. Encore plus s’il est transporté en vrac jusqu’aux étalages et que le consommateur le transporte dans un sac réutilisable. On s’approche d’une alimentation zéro déchet en mettant les retailles au compost.

2e N : Naturel
Si un légume non-OGM (organisme génétiquement modifié) a crû dans une terre fertilisée naturellement au compost et sans pesticides, il est naturel. Dans la mesure du possible, on l’achète non transformé et on le cuisine soi-même sans agents chimiques ajoutés. La certification biologique assure que le produit est naturel et qu’il est issu d’une agriculture préservant les terres agricoles et évitant le ruissellement de produits néfastes vers les cours d’eau.

3e N : Non loin
Plus l’aliment est local, plus il est respectueux de la planète. Le potager à la maison ou le bac à tomates sur le balcon est infiniment plus local que l’aliment d’épicerie voyageant en moyenne 2 500 km, souvent plus. Privilégiez les fruits et légumes de saison du Québec. Achetez-les dans les marchés publics ou commandez des paniers biologiques. Vous économiserez indirectement beaucoup de pétrole et mangerez plus frais. Afin de faciliter l’accès à des produits locaux, des initiatives telles la Caravane des Cultures naissent au Québec.

Si l’aliment choisi a plusieurs N, feu vert à volonté. Si votre aliment n’a aucun des 3 N, il faudrait autant que possible l’éviter.

Un rapport publié par l’Organisation des Nations Unies (ONU) le confirme

Selon un récent rapport publié par l’ONU, Wake up before it’s too late, l’agriculture biologique peut nourrir la planète et elle est la seule forme d’agriculture viable protégeant les terreaux pour les prochaines générations. De plus, les rendements par hectare sont excellents, loin devant l’agriculture industrielle.

Afin de pallier les aléas climatiques, la monoculture industrielle a besoin « d’assurance récolte », un système subventionné calqué sur les besoins des industriels de l’agriculture. Les fermes biologiques ont moins accès à cette assurance récolte et les agriculteurs bio arrivent en général à se protéger contre les infestations d’insectes, les sécheresses ou les pluies abondantes en diversifiant les cultures dans leurs champs et en utilisant le compagnonnage entre légumes. Si la récolte d’un légume souffre de l’invasion d’un insecte ou d’une condition météo, un autre légume peut être avantagé par cette situation. Qui plus est, les insectes ravageurs sont beaucoup moins attirés par une culture diversifiée que par une monoculture.

Du côté des amendements au sol, l’agriculture biologique et la permaculture utilisent les engrais verts et le compost. Plutôt que d’être des dérivés de pétrole et de gaz comme les engrais chimiques, les engrais verts sont des plantes qu’on sème juste avant ou après l’hiver. Ils sont ensuite déchiquetés et mélangés avec la terre quelque temps avant de planter de nouvelles cultures. Ces plantes, comme le sarrasin, ajoutent des nutriments et de l’azote au sol plutôt que d’en retirer.

L’agriculture industrielle, viande incluse, a peu à voir avec le développement durable. On arrose de pesticides des champs de monocultures souvent génétiquement modifiées, tuant la biodiversité. Par la suite, les aliments qui y poussent sont trimballés sur les milliers de kilomètres par les réseaux de distribution mondiaux. Dans ce contexte, les sols ressemblent beaucoup plus à un « support poussiéreux » qu’à de la terre saine. Nos terres agricoles ainsi cultivées ruissellent dans les rivières. Dans la seule vallée du Saint-Laurent et ses affluents, ce sont des millions de tonnes d’érosion par année, dont plusieurs milliers de tonnes de phosphore et d’azote chimiques qui ruissellent des terres vers le fleuve.

Pour changer le monde, chaque geste compte, même celui de se nourrir.

Éducation

« Il n'existe pas de crise énergétique, de famine ou de crise environnementale. Il existe seulement une crise de l’ignorance. » — Richard Buckminster Fuller, architecte et ingénieur

L’intégration de l’enseignement de l’environnement et du contact avec la nature dans l’éducation des jeunes favorise un plus grande conscientisation. Il est alors plus facile de faire des choix respectueux de l’environnement dans tous les aspects de la vie : loisirs, urbanisme, carrière, transport, alimentation, etc. Selon l’UNESCO : « Savoir ne suffit pas. L’éducation au développement durable est un vecteur de changement; elle vise à transformer la façon dont nous interagissons avec le monde ».

Dans cette lignée, les écoles vertes Brundtland sont une initiative québécoise née dans la foulée du Rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement de l'Organisation des Nations Unies, connu sous le nom de Rapport Brundtland. La première école verte Brundtland a été créée en 1994. En plus d’y enseigner les matières habituelles en classe, on y forme les jeunes à une citoyenneté durable. D’abord avec les 3 R (Réduire, Réutiliser et Recycler) mais aussi avec les 3 autres R moins connus (Repenser nos systèmes de valeurs, Restructurer nos systèmes économiques et Redistribuer les ressources). Aujourd’hui, plus de 1100 écoles font partie du réseau, dont certains cégeps.

Les milieux communautaires organisent également des activités d’éducation populaire sur les enjeux énergétiques et environnementaux. Par exemple, ENJEU (ENvironnement JEUnesse) est un organisme d’éducation relative à l’environnement qui place les jeunes au cœur des actions pour contribuer à un monde plus vert. Ils développent différents outils d’éducation en environnement, parmi lesquels un coin des profs sur leur site Internet. Ils ont également développé la certification Cégep Vert et plus récemment CPE durable.

Également, des universités dont l’UQAM et l’Université Laval offrent des formations en éducation relative à l’environnement, destinées à des professionnels de plusieurs horizons qui veulent en faire bénéficier leur milieu. Encore faut-il que les entreprises et organismes aient la volonté d’utiliser à bon escient les connaissances de ces diplômés pour changer les façons de faire.

L’UNESCO disait déjà en 1988 qu’il « n’existe pas de plus grande contribution […] pour la stratégie environnementale à long terme pour un développement durable, respectueux de l’environnement […] que l’éducation des générations suivantes en matière d’environnement ». Il y a un grand pas à faire pour que l’environnement soit au cœur des programmes éducatifs à l’échelle du Québec.

Désinvestissement

« Nous pouvons et nous devons investir dans les portions de notre économie qui sont déjà faibles en gaz à effet de serre. Nous devons étendre la définition des emplois verts. Ce n’est pas que de mettre des panneaux solaires. Une infirmière est un emploi vert. Enseigner est un emploi " climat ". Les arts sont un domaine faible en gaz à effet de serre. » — Naomi Klein en conférence à Montréal, Tout peut changer, le 13 mars 2015

Il y a urgence de limiter à 1,5 degré Celsius la hausse de la température sur terre d’ici 2100. En décembre 2015, lors de la COP21 à Paris, 195 pays dont le Canada l’ont reconnu. Il est évident que notre planète montre ses limites et que l’économie ne peut plus croître « business as usual » comme c’était le cas au 20e siècle. Il faut désormais choisir une direction.

Désinvestir, c’est tourner le dos aux secteurs néfastes de l’économie en retirant nos capitaux de ceux-ci et en transférant ces montants dans les secteurs bénéfiques. Par exemple, cesser d’investir les fonds souverains et les caisses de retraite dans l’industrie des combustibles fossiles. Cela a déjà été fait avec l’industrie du tabac, qui était pourtant prospère et créatrice d’emploi. Cette industrie est maintenant en décroissance et la société et les ex-fumeurs s’en portent mieux. Il est possible de faire le même choix pour les combustibles fossiles. Le secteur financier lui-même incite maintenant les investisseurs à faire preuve d’une plus grande prudence quant aux investissements dans le secteur pétrolier. Selon Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, il est de plus en plus risqué d’investir dans le secteur des énergies fossiles dans le contexte de la lutte aux changements climatiques.

Au Québec, la Caisse de dépôt et placement pourrait donner l’exemple en annonçant la fin de ses investissements dans le secteur des énergies fossiles comme le diocèse anglican de Québec l’a fait en 2015. Un mouvement étudiant mondial cherche également à faire pression sur les universités du monde entier pour que celles-ci se départissent de leurs intérêts dans les énergies fossiles. Par exemple, ici, l’association Divest McGill agit auprès de l’Université McGill, tout en s’inscrivant dans ce mouvement mondial.

Certains diront que notre PIB (produit intérieur brut) pourrait décroître si nous nous libérons du pétrole et nous tournons vers les produits locaux et une consommation plus modérée. D’autres, au contraire, diront plutôt que notre économie peut bénéficier de la transition énergétique.

Mais, quoi qu’il en soit, le PIB est-il une bonne mesure de la santé physique et mentale d’une population? Devrait-on se tourner plutôt vers de meilleurs indicateurs comme l'indice du mieux-être, développé par l’OCDE, ou encore le Gross National Happiness, un index développé par le roi du Bhoutan en 1972 qui calcule le niveau de santé spirituelle, physique, sociale et environnementale d’un pays. Pour sa part, l'indice du mieux-être de l'OCDE inclut d’autres indicateurs que le « chiffre d’affaires » d’une société, comme les conditions de travail, l’éducation et le logement, entre autres. Ainsi, l’immense pollution des sables bitumineux et ses émissions de gaz à effet de serre ou encore un désastre pétrolier avec ses coûts de nettoyage et de santé gargantuesques pourraient éventuellement gonfler une économie sur le court terme, mais il est évident que ce n’est pas à l’avantage de la société sur le long terme. Raison de plus d’investir en prévention pour la santé, en arts, en transport collectif, en énergies vertes et renouvelables et en éducation.

Transport

« La chose importante à garder en tête est qu'il ne faut jamais attendre une minute pour commencer à changer le monde » — Anne Frank

Nous vivons à une époque charnière : il est encore possible de limiter les réchauffements climatiques à 2 °C, et ainsi éviter des conséquences graves pour la planète. Le secteur des transports étant l'un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, il est urgent de s'y attarder.

Pour y arriver, il faut multiplier les initiatives. Mentionnons celle des municipalités de Saint-Hyacinthe et de Rivière-du-Loup qui valorisent leurs déchets organiques afin de fabriquer du biogaz pouvant alimenter leur flotte de véhicules municipaux.

Pour sa part, l’électrification des transports au Québec sera possible en augmentant l’autonomie des voitures électriques et en multipliant le nombre et l’accessibilité des bornes de recharge rapides. Par contre, la voiture électrique demeure énergivore en acier, lithium, caoutchouc et autres matériaux. Elle nécessite la construction de routes et de ponts et ne règle pas les problèmes de congestion routière.

Il est donc primordial de maintenir un équilibre entre la place que l’on fait aux transports collectifs et à l’automobile électrique. Cet équilibre demande de renverser la tendance actuelle qui privilégie la voiture solo, ajoutant chaque année plusieurs dizaines de milliers de voitures au parc de véhicules québécois.

Pour ce faire, il faut repenser l’urbanisme de nos villes afin qu’elles soient davantage à échelle humaine, sécuritaires en transport actif (vélo, patin, marche), puis agréables et rapides à parcourir en transport collectif. Pour faciliter la transition, il est possible de se tourner vers plus d’éducation, comme le fait la Société de transport de l’Outaouais, qui offre aux aînés un programme d’aide à l’apprentissage au transport en commun.

Quelques exemples de transport collectif pour renverser la tendance

Les tramways, les trains légers et les métros n’ont pas à se soucier de la congestion routière. Ils peuvent donc être rapides et efficaces en tout temps. Des alternatives peuvent aussi être développées en milieu rural et en banlieue, tels des minibus électriques ou au biogaz, des stationnements incitatifs de longue durée près des gares et des axes de covoiturage.

Développer des transports collectifs rapides, efficaces et à coût raisonnable est une priorité. À Montréal, une coalition de groupes revendique un transport public abordable pour tous. À quoi servirait de prendre notre voiture pour un trajet à coût élevé si nous pouvions faire ce même trajet en transport collectif à faible coût?

À plus grande échelle, des projets de transport collectif devront être envisagés. Certains revendiquent un train à grande vitesse (TGV) sur le corridor Québec-Windsor où habite 60 % de la population du Canada. D’autre part, l’ingénieur québécois Pierre Couture a développé un concept de monorail suspendu avec la technologie du moteur roue. Ce concept est sur papier beaucoup plus léger et trois fois moins coûteux que le TGV. Il pourrait donc être installé dans plusieurs axes entre des villes de taille moyenne.

Beaucoup reste à imaginer et à concrétiser en matière de transport au Québec pour se sortir des énergies fossiles. Toutefois, nous avons les moyens collectifs pour aller de l’avant et il y a urgence de repenser notre société sur de nouvelles bases. Chacun d’entre nous peut y mettre du sien.

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