Un pipeline vieux de 40 ans, fortement corrode et avec des risques de fuites importants.

Qu’est-ce que c’est?

La ligne 9B de Enbridge est un oléoduc construit en 1976, d’une longueur de 639 km et dont le flux a été inversé en novembre 2015 dans le but de transporter du pétrole brut (bitume dilué) de North Westover en Ontario jusqu’à Montréal.

Le bitume dilué est du pétrole lourd provenant des sables bitumineux auquel est ajouté 30% de produits chimiques pour lui permettre d’être pompé dans un oléoduc.

Sur son trajet, l’oléoduc traverse plusieurs de rivières, dont les plus connues au Québec sont la rivière des Outaouais, la rivière des Mille-Îles, la rivière des Prairies et la rivière du Nord.

En plus d’inverser le flux, l’objectif d’Enbridge est d’augmenter la quantité de bitume dilué pompé dans cet oléoduc de 240 000 à 300 000 barils par jour.

Où est le problème?

De hauts risques de fuites

Selon l’Institut Polaris, Enbridge a connu 804 déversements de 1999 à 2010. Parmi ces déversements, le plus célèbre reste celui de la rivière Kalamazoo au Michigan, le plus important à s’être jamais produit sur le territoire des États-Unis. En juillet 2010, 3,2 millions de litres de bitume se sont déversés dans cette rivière. En 2015, des travaux avaient encore lieu pour nettoyer l’environnement abîmé par cette fuite.

Cet événement inquiète les citoyens et citoyennes, car l’oléoduc qui a causé cette catastrophe est très similaire à la ligne 9B, tant au niveau de son âge, des matériaux qui le composent que du type de pétrole transporté. Si une telle fuite a pu se produire dans le passé sur un oléoduc similaire, tout porte à croire que la ligne 9B est aussi à risque d’un déversement majeur.

L’état de l’oléoduc

L’oléoduc de la ligne 9B est vieux de 40 ans et est recouvert d’un revêtement qui, selon les ingénieurs de l’Office National de l’Énergie, n’est plus utilisé aujourd’hui parce qu’il est sujet à la corrosion.

Par ailleurs, selon la documentation d’Enbridge, il y a déjà eu 12 fuites et une rupture sur la ligne 9B. Une inspection interne par ILI (Inline Inspection) datant de novembre 2012 a relevé près de 13 000 anomalies (corrosions, fissures, trous ou bosses). Plusieurs anomalies ont été réparées, mais ce système de détection ne permet pas de déceler les plus petites fissures de la taille d’une épingle. Ce genre de bris, aussi infime soit-il, a déjà causé des fuites de plus de 1 500 barils.

La même technologie utilisée par Enbridge pour la ligne 6B n’a pas empêché le déversement catastrophique dans la rivière Kalamazoo, en 2010. En 2014, Enbridge elle-même estimait l’efficacité de cette technologie à « plus de 90% », ce qui laisse une généreuse marge d’erreur.

Des travaux d’excavation, mais un oléoduc toujours aussi vieux

C’est en se basant sur les données collectées grâce à la technologie ILI, qu’entre 2013 et 2014, Enbridge a procédé à 989 excavations sur l’ensemble de la ligne 9 pour y réparer ce qu’elle croyait nécessaire, telles des fissures d’une profondeur de 50 % l’épaisseur du tuyau qui est d’en moyenne 6,35 mm d’épaisseur. Cependant, des tronçons de l’oléoduc présentant des défauts n’ont pas été excavés, certaines anomalies ont donc été laissées sous terre telles quelles.

Lors des excavations, des éléments d’usure qui n’avaient pas été détectés par le système ont aussi été découverts. Selon Enbridge, plus de 30 % des fuites répertoriées sur la ligne 9 ont été découvertes par une partie autre qu’Enbridge.

Les tests hydrostatiques pour assurer la sécurité

Les tests hydrostatiques demeurent une pratique largement reconnue pour assurer l’étanchéité d’un oléoduc. Il s’agit de remplir un oléoduc d’eau et de vérifier qu’il peut supporter la pression maximale de service pour s’assurer qu’il opérera de manière sécuritaire. Enbridge a d’abord refusé le recours à ces tests pour la ligne 9 en plaidant, ironiquement, que ceux-ci pourraient abîmer la canalisation.

Finalement, Enbridge a accepté de procéder à des tests hydrostatiques, mais sur trois tronçons seulement. Un seul test a été réalisé au Québec sur une portion de 20 km à la hauteur de Mirabel. La portion de 3,5 km sous la rivière des Outaouais n’a donc pas été sujette à un tel test.

En 2013, un ingénieur a été congédié parce qu’il a refusé d’apposer sa signature sur les devis d’Enbridge pour l’oléoduc, jugeant que la compagnie utilisait des standards dépassés qui augmentaient les risques liés au projet.

Des risques pour nos sources d’eau potable

Les rivières traversées par l’oléoduc se déversent dans le fleuve. Dans le cas d’une fuite dans une de ces rivières, c’est l’approvisionnement en eau potable de 3,2 millions de québécois qui est à risque. De plus, des fuites en milieu rural pourraient contaminer des terres agricoles et des sources d’eau souterraine.

Au moment de l’autorisation de l’inversion, plusieurs municipalités n’avaient toujours pas reçu d’Enbridge un plan d’urgence en cas de déversement. C’est le 30 novembre 2015, qu’Enbridge annonçait que l'inversion était chose faite.

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