Un projet stoppe grace a la mobilisation citoyenne!

Qu’est-ce que c’est?

Le projet d’inversion de la ligne Montréal-Portland concerne une canalisation d'un diamètre de 18 pouces existant depuis 1950 et faisant partie d’un réseau de trois pipelines appelé Trailbreaker.

L’inversion a pour objectif de permettre l’exportation du pétrole issu des sables bitumineux albertains à partir du port de South-Portland dans le Maine, aux États-Unis. Ce pétrole serait acheminé vers Montréal grâce à la ligne 9b d’Enbridge depuis Sarnia en Ontario.

Le premier de ces pipelines a été construit en 1941 et mis hors service en 1984, mais laissé en place. Le second pipeline, celui concerné par le projet d’inversion, est mis hors service une première fois en 1986 avant d’être converti en gazoduc en 1987 afin d’exporter du gaz naturel vers Portland. Finalement, il est à nouveau converti et inversé en 1999 pour transporter du pétrole brut vers Montréal. Quant à la troisième canalisation, elle a été construite en 1965, elle fait 24 pouces de large et est toujours exploitée à ce jour pour faire transiter du pétrole brut de Portland vers Montréal.

Depuis 1960, ce réseau d’oléoducs est la propriété de Portland-Montréal Pipe Line (PMPL). Il traverse tout le sud du Québec ainsi que le Vermont, le New Hampshire et le Maine.

15 municipalités québécoises sont traversées par le projet Trailbreaker : Montéal-Est, Boucherville, Ste-Julie, St-Basile-le-Grand, St-Mathias, Marieville, St-Angèle-de-Monnoir, St-Césaire, Ange-Gardien, Farnham, Brigham, Cowansville, Dunham, Sutton et Mansonville.

Il existe cinq stations de pompage sur tout le réseau, dont deux au Québec qui sont toujours en fonction, à Highwater et Saint-Césaire. Une troisième station de pompage était prévue à Dunham dans le cadre du projet d’inversion, mais la mobilisation des citoyens pendant près de 4 ans a eu raison de celle-ci. La construction de la station de pompage a officiellement été abandonnée par la compagnie en 2013.

Le projet d’inversion de la ligne Montréal-Portland est pour le moment arrêté suite aux pressions de citoyen(nes) de South Portland qui ont fait adopter un règlement municipal empêchant le chargement du pétrole issu des sables bitumineux dans le port de la ville, ainsi que la construction d’installations portuaires visant à transformer le pétrole pour le rendre plus facilement transportable par bateau.

Où est le problème?

Des risques liés au type de pétrole transporté

Comme pour Enbridge et sa ligne 9b, la canalisation dont on parle ici a atteint sa durée de vie utile et n’a pas été conçue pour transporter du bitume dilué issu des sables bitumineux. Les risques d’incidents ou d’accidents sont d’autant plus importants du fait de la nature de ce type de pétrole, jugé plus corrosif :

Il est acide : Le bitume dilué issu des sables bitumineux contient normalement des concentrations d’acides organiques jusqu’à 20 fois plus élevées que le pétrole brut conventionnel, et il contient 10 fois plus de soufre.

Il est chaud : Le transport du bitume dilué dans les pipelines cause de la friction, ce qui augmente sa température et accentue ses propriétés corrosives. Au sein de l’industrie, il est admis que chaque augmentation de 10 degrés Celsius fait doubler la vitesse de corrosion.

Il est abrasif : Le mélange qui compose le bitume dilué contient des particules en suspension, tels le quartz et la pyrite, qui sont des matières abrasives.

Il est visqueux : La viscosité du bitume dilué issu des sables bitumineux dépasse de 40 à 70 fois celle du pétrole brut conventionnel nord-américain. Pour déplacer cette matière très visqueuse, les pipelines de sables bitumineux doivent fonctionner à plus haute pression que les pipelines conventionnels.

Des risques pour les milieux naturels traversés

Le pipeline traverse certains des principaux sites naturels et culturels du Québec, du Vermont, du New Hampshire et du Maine. Plusieurs zones seraient ainsi menacées : le fleuve Saint-Laurent, soit le plus important cours d’eau de l’est du Canada qui abreuve 43 % de la population québécoise et abrite une biodiversité extrêmement riche mais fragile; la rivière Androscoggin, un cours d’eau de la Nouvelle-Angleterre qu’affectionnent les adeptes de la pêche et du canoë-kayak, tout comme les ours noirs, les orignaux et les pygargues à tête blanche; et le lac Sebago, habitat du saumon d’Atlantique confiné aux eaux intérieures et source importante d’eau potable pour Portland, la plus grande ville du Maine. Un déversement de pétrole dans ces régions polluerait l’eau et aurait des conséquences dévastatrices pour la faune.

Le pipeline Portland-Montréal traverse aussi au Québec d’autres cours d’eau et lacs importants comme la rivière Richelieu, la rivière Yamaska, la rivière Missisquoi qui se déverse dans le lac Memphrémagog, ou encore des parcs nationaux comme le parc des Îles-de-Boucherville, le parc du Mont-Saint-Bruno et la réserve naturelle des monts Sutton, en plus d’innombrables milieux humides.

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